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CR janvier 2020

Séance #ECF
le 9 Janvier 2020

Présents : AMarie Petitjean, Rebecca Scalese, Violaine Houdart-Merot, Adèle Godefroy, Sylvie Brodziak, Adrien Chapel, Jean-François Puff, Corinne Blanchaud…

Séance consacrée au doctorat. Exposés de travaux par Adèle Godefroy (Paris 3) et Virginie Gautier (CY Cergy Paris Université)

Adèle Godefroy
Présente son travail de recherche sur la relation de Michel Butor à la photographie. Contrat doctoral, thèse en littérature comparée dirigée par Philippe Daros. Orientation nouvellement prise en recherche-création.
Travail de recherche sur littérature et image, à partir de négatifs originaux, confiés par Michel Butor. Importance du travail photographique de Butor (plus de 2000 ouvrages publiés). + Adèle artiste-photographe. Travail avec les amis photographes de Butor.
Elle a apporté du matériau photographique et un projet de livre en cours.

La recherche doctorale interroge la liaison entre les ouvrages de Butor et son travail photographique. Nécessité de sélection du corpus pour ne pas s’éparpiller dans une œuvre aussi protéiforme. Évolution du projet doctoral. Premier conseil de direction de thèse : "Tenez-vous en aux clichés, puisque vous avez la chance de les avoir." Après la disparition de Michel Butor, la thèse prend une dimension d’hommage.
Problème de l’équilibrage entre théorie et création, et de l’emploi possible de matériau récolté dans le cadre de cours donnés (ateliers). La thèse se met à refléter les chemins de traverse empruntés.
Plan en deux parties théoriques : la photographie errante de Butor est un exercice pour apprendre à voir, à traverser les lieux ; en partie deux, l’écriture sur la photographie des autres (la traversée de l’atelier d’artiste comme « lieu autre »).
Élaboration d’une troisième partie à dimension réflexive engageant une écriture : comment en se rendant sur les lieux photographiés par Butor comprendre les problématiques sensibles de l’artiste (notamment son cadrage). Utilisation du Celflex (type d’appareil photographique se tenant au niveau du ventre). Ce que ça dit de la trajectoire de l’artiste. Concept d’énonciation piétonnière. L’écriture sera mobile ou ne sera pas.
Le génie du lieu. Traversée de lieux, notamment à bord de l’ex-Orient Express. Richesse des villes aux langages particuliers, lesquelles fascinaient Michel Butor.
Travail d’Adèle : photographies au format 6x6 (numérique mais adapté pour coller au format de Butor) ; mise en vis-à-vis des photos originales et des re-trouvailles dans des collages réalisés in situ.
Carte carrée dans le livre, format raisin, bazar d’atelier sur lequel figurent les trajectoires.
Volonté d’assumer sa propre pratique photographique.
Le livre (premier projet) utilise des transparents (textes de Butor extraits du Génie du lieu) sur des feuilles volantes, combinées à des photographies en pages fixes.
Projet actuel (le précédent abandonné) : trois livrets dans un livre coffret, avec un travail notamment du cadre vide.
Dans quelle mesure peut être accepté un travail inspiré de Butor mais autonomisé ?
Combinaison : perception quasi-encyclopédique nourrie de lectures sur les lieux traversés // écriture originale.
Retour sur le cadrage de tout doctorat : interrogation sur l’adéquation d’une démarche scientifique, mais bien organisation du travail de recherche à partir d’une problématique.

Retours des auditeurs
• Sylvie Brodziak mentionne : Hélène Giannecchini parlant du travail d’Alix Cléo Roubaud, Une Image peut-être vraie.
• On est (encore) dans la thèse traditionnelle, avec une troisième partie projetée, donc a priori il n’y a pas de dimension auto-réflexive. Mais le sujet sollicite un aspect réflexif intégré au travail d’analyse. Dimension "obscure" de certaines séries de Butor (par exemple : une dizaine de photographies de pêcheurs sur des quais contient la photo d’un lieu particulier différent, et il s’avère que c’est un travail de regard spécifique).
• "Les photos qu’il a gardées sont celles sur lesquelles il n’a pas écrit, pour se souvenir d’une sensation." (Paraphrase d’une hypothèse forte d’Adèle.)
• Violaine : problématique centrale, en accord avec l’exigence académique - en quoi la pratique photographique nourrit ou non l’écriture de Butor ? Pour apporter du nouveau, la démarche est de passer par une pratique de photographie (retour sur les lieux des photos, démarche d’enquête de terrain) pour essayer de comprendre ce qu’il a fait (marcher dans les pas de Butor permet d’accéder à son œuvre). Il paraît essentiel d’expliquer cette démarche dans le corps de la thèse. L’annexe pourrait contenir le "morceau" créatif.
• Sylvie : il est particulièrement intéressant de s’intéresser à la temporalité de l’écriture par rapport à la photographie.
• Violaine : est-ce qu’apprendre à voir c’est aussi apprendre à écrire ?
• "Pré-texter l’image » qui est là au départ. Premier titre envisagé par Adèle.
Répartition : Contemplations (Hugo) / Illuminations (Rimbaud) / Illustration (Butor).
Travail de création par modification successive d’un même objet (hyper-stratification) ; le travail de Butor n’a pas de conclusion.
Appropriation des images jusque dans la typographie finale.
Question de la contemporanéité ou non de la démarche (AMarie). Concept d’icônotexte, postérieur à Butor mais probablement anticipé par lui (inventé pour éviter de hiérarchiser l’image par rapport au texte).
• Qualification académique de la thèse : littérature générale et comparée. Problème : est-ce que Butor est le point de départ (d’une démarche d’écriture), ou est-ce que l’écriture est le point de départ (pour accéder à l’œuvre de Michel Butor) ? A voir avec le directeur de la thèse.

Virginie Gautier
Dresse un bilan post-soutenance de thèse.
Partis pris :
• Les deux aspects (créatif et théorique) ont été écrits "en même temps" (par des allers-retours). Mais les volets ne se regardent pas (ne parlent pas l’un de l’autre). Mise en œuvre d’une non-linéarité du processus d’écriture.
Points discutables :
• Commencer par la lecture du récit Vers les terres vagues (partie "littéraire"), soulever des problématiques par rapport à l’écopoïétique et ne pas les traiter dans la partie théorique.
Peut-être soulever les points au fil du récit, ou peut-être le faire dans une temporalité postérieure. Il aurait fallu poser le texte littéraire, le laisser décanter puis l’analyser (ce qui aurait demandé une année de plus).
Du coup, la partie centrale / réflexive qui visait à lier les parties créative et théorique (articulation) perdrait sa pertinence, mais à l’avenir pour les thèses de cette mention, la partie théorique/critique pourrait tendre davantage vers l’essai littéraire.
• Circulation d’avis non toujours partagés dans le jury : "Thèse trop académique mais pas assez." Stratégie institutionnelle évoquée par Violaine : la partie théorique devrait tenir toute seule. AMarie oppose à cela que la partie créative devrait au contraire être inextricable de la partie théorique pour être vraiment dans une démarche de recherche-création. De fait, la partie théorique de Virginie Gautier n’est pas purement une thèse académique (approche des auteurs par la question de leurs processus de création).
• Question de l’auto-réflexivité (au sens de travailler sur son propre travail, analyser son œuvre) : pas forcément systématique. Chantal oppose qu’il s’agit d’une pensée en mouvement. Il pourrait être souhaitable de voir apparaître la dénomination des trois dimensions : théorique/réflexive/créative, pour désigner la forme de ces thèses. Tension théorique/critique (peut-être que la plupart du temps les thèses théoriques sont critiques). Cf. remarques de Marielle Macé pendant la soutenance de Virginie.
• L’approche en recherche-création n’est pas celle d’une recherche d’exhaustivité, mais plutôt approche par un état de l’art subjectif. La situation est problématique. + question de la meta-narrativité, la manière dont l’art en permet l’exploration.

Retours et discussion sur la dimension théorique.
L’artiste accompli vient avec une question qu’il cherche à creuser le temps de la recherche. Il ne s’agit pas "juste" de se situer.
Lionel Ruffel : en fait on est en train de construire un objet différent de celui des thèses anglo-saxonnes de creative writing. On cherche à poser un terrain théorique propre.
Trois lignes de tension lors de la soutenance, vues par AMarie :
• Ligne définie par la recherche-création informée à l’international (déjà formalisée), prise en compte par L. Ruffel.
• Nature et qualité de la thèse en recherche-création toujours pensées en distinction/opposition à la thèse académique classique, pour les professeurs habitués aux thèses en littérature.
• Souci auctorial affirmé pour les deux écrivains présents : regard sur l’objet créé, mais aussi question du positionnement de la doctorante dans le champ de l’art et l’édition contemporains (plutôt pour S. Bouquet).
Tension (Violaine) : question de la réflexivité, est-ce qu’il faut ou non travailler sur l’écriture propre ? Problème/question de temporalité (lorsque le texte est frais c’est difficile d’en parler correctement), et de positionnement (difficile de parler de son propre texte en étant pertinent).
Il s’agit plutôt d’aller chercher d’autres auteurs pour alimenter sa pratique.
Question de l’engagement dans une communauté et de l’aboutissement d’un processus de formation.
Retour sur la charte de Toulouse, « Thèses en pratique et théorie de la création littéraire : éléments de cadrage ».
Chantal : manque une prise de position communautaire (à l’échelle d’ECF) sur ce qu’est la recherche-création. Violaine : l’explicitation va aussi avancer à partir des thèses en cours.
AMarie : ça pourrait être notre perspective pour la séance suivante (définir ce qu’est la recherche-création).

Prochaines séance programmées
• 6 Février 2020, 14h-16h (Crénilum, ORA à reprendre).
• 17 Mars 2020, 16h-18h.
• 25 Mars 2020, journée d’étude (Fictions documentées).
• 29 Avril 2020, 16h-18h.
• 13 Mai 2020, 16h-18h.
• 16 Juin 2020, 14h-16h (finalisation ORA).

Appel à communications
La recherche en création et ses différentes temporalités, du 3 au 5 Juin 2020 à Grenoble (RESCAM - Réseau Création, Arts et Médias).

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