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Jacques Roubaud, écrivain-chercheur, par Jean-François PUFF

Quel écrivain-chercheur est donc Jacques Roubaud ?
Cette courte présentation de son oeuvre et de son "Projet" donne de précieuses pistes pour des travaux à venir en recherche-création.

Quel écrivain-chercheur est-il ?

Jacques Roubaud, né en 1932 est poète, mathématicien, membre de l’Oulipo. En 1967 paraît le livre de poésie qui marque selon lui le début de son œuvre, ϵ (signe de l’appartenance dans la théorie des ensembles). Roubaud développe conjointement une œuvre de poète, de prosateur, et un travail de poéticien de grande ampleur, qui donne son assise à son travail poétique : il a notamment consacré des essais à la question du vers français (La Vieillesse d’Alexandre, 1978), à la poésie des troubadours (La fleur inverse, 1986) ou à la question de la mémoire (L’Invention du fils de Leoprepes, 1993). Ces ouvrages à la fois produisent une connaissance sur leur objet, et exposent la poétique de leur auteur, telle que la mettent en œuvre des livres de poésie tels que Trente et un au cube (1973), Dors (1981), Quelque chose noir (1986) ou encore La Pluralité des mondes de Lewis (1991). Ce travail de poésie, de théorie, et de mathématique aussi, a pris la forme d’un « Projet », dont le poète a dévoilé tardivement la forme, au moment où il décidait de l’interrompre (Description du Projet, 1979). À la fin des années 1980, Roubaud s’engage dans l’écriture d’un long cycle de prose, dont le titre général est aussi celui du premier volume paru, noté de la manière suivante : ‘le grand incendie de londres’. Les volumes successifs en sont réunis dans un seul livre, qui paraît au Seuil en 2009.

Bibliographie sélective des travaux de poétique :

  • La fleur inverse. Essai sur l’art formel des troubadours, Paris, Ramsay, 1986
  • L’Invention du fils de Leoprepes. Poésie et mémoire, Saulxure, Circé, 1993.
  • Poésie etc. : ménage, Paris, Stock, 1995.
  • ‘le grand incendie de londres’ (présentation en un seul volume des 6 volumes parus au Seuil de 1989 à 2002), Paris, Seuil, 2009.
  • Description du projet (réédition du fascicule Mezura n° 9, de 1979), Nous, Caen, 2014.
  • Ressources en ligne. Les «  Cahiers Roubaud » :
    Les « Cahiers Roubaud », fondés et dirigés par Dominique Montcond’huy à l’université de Poitiers, rassemblent un nombre significatif d’articles :
    http://roubaud.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=297

Présentation d’un ouvrage : ‘le grand incendie de londres’

Le cycle intitulé ‘le grand incendie de londres’ comprend à ce jour sept volumes, dont six sont rassemblés en un seul volume, le septième étant paru chez un autre éditeur, sous le titre La Dissolution (Nous, 2008). Ce cycle a pour but explicite de raconter la conception, puis la chute d’un Projet de poésie et de mathématique qui s’est développé au cours des années 1960 et 1970, donnant des résultats significatifs mais partiels, pour être abandonné dans son ensemble au moment où le poète en donnait à lire une description (en 1979). Cette prose de mémoire vise donc à restituer le cheminement d’un processus de création multiple et complexe, avec ses illuminations, ses retards, ses découvertes décisives et ses résultats. Mais elle implique aussi le récit d’une vie : car cette vie s’est tout entière ordonnée relativement au Projet. Le cycle possède ainsi une indéniable dimension autobiographique. Il résulte de ce double caractère théorique et existentiel une « monstration » exemplaire du jeu de la détermination et de la contingence qui fait la substance de l’œuvre poétique de Roubaud. Dans le même temps, la nature de l’entreprise a pour conséquence l’hétérogénéité de la prose : dans un développement narratif non-linéaire s’insèrent de multiples et inventifs moments réflexifs et théoriques, de formes et de formats variés, qui éclairent l’ensemble du travail d’écriture de Roubaud, et au-delà : car la connaissance en question est généralisable à d’autres objets, et vaut pour un mode d’expérience. Le travail de Roubaud nous donne à connaître l’usage que peut avoir la poésie dans nos vies, les modes d’existence de la poésie comme « forme de vie ».

Comment s’en saisir en recherche-création : thèmes, matériaux, directions de recherche

L’œuvre de Roubaud peut notamment être explorée dès lors que l’on se pose les problèmes suivants :

  • Question de la définition possible ou impossible d’une forme : ontologie formelle en général ;
  • Question de la productivité « potentielle » des formes ;
  • Relation des processus de création et de la mémoire ;
  • Problème du rapport de la détermination et de l’indéterminé, dans le cours d’un processus de création ;
  • Manière dont des processus de création ou les formes esthétiques du passé peuvent être réactualisés ;
  • Question de la poésie comme « forme de vie », du rapport concret de la pratique poétique à la vie, et notamment à la connaissance de soi.

Pour citer cet article :
PUFF, Jean-François, "Jacques Roubaud, écrivain-chercheur", episte, [en ligne], mis en ligne le 6 février 2020.

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