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Formats(s)

par Peggy BLIN-CORDON

Que désigne le terme ?

Le terme « format » appartient originellement au vocabulaire de l’imprimerie. Celui-ci est donc ancré dans la matérialité du texte, et parle de longueur, de dimensions. De façon moins littérale, il se réfère à la série de contraintes dont le texte littéraire est tributaire, de façon assumée ou imposée pour son auteur. Les relations entre format et écriture sont étroites, et la notion de format est multiple : genres littéraires, format éditorial, format sériel, exercice de style… Cette notion façonne la production littéraire de sa genèse jusqu’à son mode de lecture.

Pourquoi et comment s’en saisir en recherche-création ?

La question du format est essentielle car elle touche au cœur de la dialectique créatrice : à la fois cadre contraignant et stimulant, le format sert de base à la construction de l’objet littéraire. Il est aussi intéressant car il parle de son époque : le format littéraire, quel qu’il soit, est le reflet d’une mode, de son temps, comme l’est le format sériel au 19e siècle en Europe par exemple. C’est ainsi qu’à l’ère du numérique, la littérature actuelle trouve un nouveau terrain créatif, multipliant plus que jamais les supports d’expression et leurs potentialités : l’émergence de nouveaux moyens d’expression et de diffusion ouvre un champ créatif inédit. La création s’adapte au format numérique (limitation du nombre de signes, possibilité d’ajout d’éléments péri/hyper/extratextuels, transformation du mode, voire de « l’expérience » de lecture sur un support autre que le papier, transmédialité) et nous amène également à reconsidérer la frontière entre littérature dite « noble » et littérature populaire.
Le format implique également la remise en question de la production du sens par le texte :

"Un texte (ici dans la définition classique) est toujours inscrit dans une matérialité : celle de l’objet écrit qui le porte, celle de la voix qui le lit ou le récite, celle de la représentation qui le donne à entendre. Chacune de ses formes est organisée selon des structures propres qui jouent un rôle essentiel dans le processus de production du sens." (Chartier, 1991, p. 6).

La notion de format pose aussi la question de la pression éditoriale, quand elle est là, et du « regard censeur » de l’éditeur qui amende le travail de l’écrivain, des conseils d’écriture à l’étiquetage générique sur la couverture.
On peut également étudier ce que provoque le passage d’un texte d’un format à un autre, du magazine au roman en volume, du roman écrit sur Twitter (sans pagination, etc.) au roman format papier, du roman écrit en épisodes dans un magazine au roman en volume…

Dans l’optique générative, que devient le concept ?

L’absence de contraintes est-elle possible ? Utopique ? Est-il possible de penser la création sans format (on pense à la réflexion sur le clinamen oulipien et ce que Perec appelle « la variation que l’on fait subir à une contrainte ») ?
A une époque où tout semble possible d’un point de vue technique et technologique, quelle est la place du format dans la création ? Existe-t-il une prépondérance, une omniprésence du format aujourd’hui, qui dépasse l’importance accordée à son contenu ? Le chemin entre lectorat et auteur est-il aujourd’hui plus court grâce au numérique ? Quelle est la place du genre littéraire de nos jours : la question du format générique est-elle dépassée ?

Bibliographie
Roger Chartier, Roger. "Introduction à D. F. McKenzie", in La Bibliographie et la sociologie des textes, trad. Marc Amfreville, Paris : Editions du Cercle de la Librairie, 1991.
Perec, Georges. Entretiens et conférences, vol. II (1979-1981), Joseph K. : Nantes, 2003, p.

Pour citer cet article :
BLIN-CORDON Peggy, "Format(s)", entrée episte [en ligne], mis en ligne le 3 août 2019.

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